Nos vies digitales et réelles peuvent-elles être séparées?

Conversation avec Suzannah Pettigrew

Suzannah Pettigrew est une artiste pluridisciplinaire basée à Londres. Depuis l’obtention d’une licence universitaire aux Beaux-Arts (CSM) en 2007, celle-ci a vu ses travaux exposés et projetés au Royaume-Uni mais aussi à l’international. Elle co-fonde, en 2011, un studio d’artistes et passe le reste de ses journées à dénicher des talents et à y exposer leurs oeuvres, principalement des vidéos, des sculptures et des tableaux.  Pettigrew a travaillé dans la production et dans l’installation d’expositions pour un vaste éventail d’institutions de renomée mondiale mais également pour des galeries indépendantes, de grandes marques, des musiciens et des artistes visuels.

Quel message/idées veux-tu transmettre à travers tes travaux?

Mon but est d’exprimer un sentiment de mouvement en utilisant l’art afin de comprendre la perspective intersectionnelle de chacun pour ainsi partager une conscience commune. J’aime aussi transmettre la friction qui existe entre la réalité et la fiction, explorer nos utopies autonomes, nos échanges transgressifs, imiter l’érotisme vécu et la recherche de la validation. Je manipule les échanges humains avec des écrans dans des espaces et des espaces dans des écrans.

En tant qu’artiste pluridisciplinaire, comment perçois-tu l’art à l’ère du digital?

Je conçois l’art, à l’ère du digital, comme quelque chose de vaste et de démocratique.

Tu as dis que tes travaux explorent les échanges entre le monde virtuel et le réel dans une société post-humaine, qu’est-ce qui t’a conduit à te focaliser sur un thème aussi spécifique? 

Mon hypersensibilité m’a conduit à me demander comment je naviguais dans cette société post-humaine. J’ai eu l’envie d’explorer les points de tension entre les espaces physiques et digitaux. Comment l’échange de langues, de comportements, de sémiotique a impacté la relation que j’avais avec moi-même et avec autrui.  Dans les années 1990, mon père travaillait pour une compagnie qui mettait au point des logiciels de production musicale. Cette approche de la technologie et de la créativité a, sans aucun doute, affecté mon subconscient.

Donc, selon toi, nos vies digitales et réelles peuvent-elles être séparées? 

Le monde en général oscille entre des espaces en ligne et hors-ligne. On peut les vivre indépendament mais ces deux “mondes” sont toujours connectés. Nos vies digitales et nos vies réelles sont entremêlées. Voici un exemple assez parlant: l’an dernier, mon iPhone m’a lâché et je ne pouvait pas sortir de chez moi car je n’avait pas Google Maps et car j’étais incapable de me diriger dans un espace physique sans être en ligne, connectée à Internet. Ma vie réelle dépend donc d’outils digitaux. Le plus intérressant dans tout cela c’est que nos vies digitales surviront nos vies réelles, nos existences physiques.

Peux-tu nous parler de The Difference Between (a Mirage and Realness)?

The Difference Between (a Mirage and Realness) 2017 a été élaboré dans le cadre du programme Touch Sensitive réalisé par Cairo Clarke de chez Guest Projects.
Le projet consiste en une installation vidéo et d’une performance live accompagnée d’un court métrage et de documentation photographique. Il se base sur un scénario en trois actes:

Acte 1: IRL + Representation
Acte 2: Digital + Communication
Acte 3: Representation + Communication

Les actes explorent la réalité dans des espaces en ligne et hors-ligne en se référant à mon interprétation de la dialectique d’Hegel, qui elle sert d’ossature. Une performance pré-enregistrée est projetée en même temps que le scénario est joué. Le jeu de superposition crée un motif captivant. J’ai mis ce projet au point lorsque je vivais entre Londres et Paris. J’ai été introduite à de captivants motifs signés Christophe Chassol à travers la musique de Steve Reich et j’ai ensuite découvert la chorégraphie d’Anne Teresa de Keersmaeker. Lorsque je concevait The Difference Between (a Mirage and Realness) j’ai eu énormément de mal à saisir ce qui a façonné mon sens de la réalité.

En réexaminant ce projet, deux ans après l’avoir réalisé, il me semble clair que nos vies digitales et réelles ont façonné la perspectives que nous avons de nous-même et dd’autrui, dans la mesure où elles ne peuvent être séparées. J’ai l’intention de développer The Difference Between (a Mirage and Realness) et de rédiger le scénario des trois actes suivants.

Quelque chose à ajouter?

Merci à Cairo Clarke d’avoir réalisé Touch Sensitive, merci à Simon Donnellon d’avoir donné vie à mon projet, merci à CKTRL pour l’ambiance acoustique et enfin, merci à Guest Projects de m’avoir eue dans leurs locaux pour la première représentaion de The Difference Between (a Mirage and Realness).

@suzannahpettigrew

Visionnez des extraits de la performance live ici
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